15 avril 2009
Genèse personnelle.
Je suis venue à la vie dans les pleurs et dans l'espoir et, dès mes premières années, on a souvent brulé mes toutes petites ailes.
Il regrettait ma naissance, comme la signature définitive de la mort de
sa moitié, comme la flamme qui se laisse mourir, soulagée. La cause
d'un effet douloureux.
Elle m'attendait si patiemment depuis des
mois, a vu mon visage et s'est enfuie. Eux ils buvaient le whisky à la
bouteille entre leurs larmes et mon père m'a vu comme la réincarnation
de sa mère, la Mama du Sud, l'Amour de sa vie. On s'est transmis ce
complexe d'œdipe je crois, de génération en génération, j'y ai pas
échappé. Je me vois en lui comme il se voyait en elle mais il n'en
parle jamais; pour être honnête je n'ai appris son existence et les
circonstances de son décès que vers l'âge de six ans, quand mon grand
père m'a délicatement glissé qu'il aurait sûrement préféré que je ne
naisse pas. J'ai toujours le sentiment d'être rejetée, inconsciemment
parce qu'il faisait quand même bien les choses; son sens de l'éthique
est au moins aussi fort que sa douleur.
C'est ma mère qui m'en a
parlé, au début, doucement; quand j'ai demandé qui était cette femme au
milieu de la photo de famille; et avec le temps et la reflexion j'ai pu
déceler des souffrances finalement pas si lointaines, on les ressent
ces choses là quand on est au coeur d'un si douloureux conflit
familial.
Il y a dans nos vies tous les paradoxes que requiert l'amour des siens au milieu du drame; dans la rancœur il y a le mot cœur.
Il ne m'aime pas, je le sais; il fait seulement bien semblant, parce
qu'll se doit d'être à la hauteur. Un jour je lui expliquerais
peut-être que l'hypocrisie on la sent dès le plus jeune âge, que ses
regards dégoûtés ne m'échappaient jamais. Il faudrait que je lui dise
que je ne lui en veux pas, que je comprends son chagrin, mais j'ai
toujours un blocage envers cet homme qui me rejette malgré lui. Depuis
quelques années la vie lui donne raison : que je naisse ou pas n'aurait
pas changé grand chose, mais je voudrais lui dire que ses paroles n'ont
pas été anodines, qu'elles ont joué un rôle dans ma chute, je crois.
Je suis née dans un mélange approximatif de douleur insoutenable et de
joie et je crois que mon seul combat sera de lui prouver que rien n'est
vain, et je me donnerai le droit de faire de la mort un bonheur.
16 février 2009
Étrange comme je t'aime.
Couloirs oranges. Je la connais par cœur cette gare, j’arrive toujours sur la même voie, je prends toujours la même sortie, tout est toujours pareil, tout a toujours ce goût d’étés passés, le sel qui gratte la peau, le soleil qui chauffe le visage, et je ravale mes souvenirs. La première fois que j’ai vu cette gare, mars 2005. Plus seule que jamais, j’avais pour seuls bagages un gros sac à dos et toute mon amertume. Je courrais dans les dédales d’escaliers, comme fuyant quelque chose d’inexistant.
Aujourd’hui, je prends l’escalator, aujourd’hui ma valise est bien trop lourde, et mes talons trop hauts.
Je l’aperçois enfin. Elle est là, changée mais restée la même. Gracieuse dans chacun de ses gestes, même quand elle boit du coca au goulot elle est belle. Ma cousine a toutes les qualités du monde, et je crois que je pourrais construire un autel en son honneur et y bruler des encens tous les soirs de ma vie tellement je l’admire. Elle est intelligente et avenante, cultivée, elle s’intéresse aux autres et fait souvent les bons choix. Même quand ce n’est pas le cas, elle apprend à gérer une situation au moment où celle-ci se présente. Elle est parfaite, et si j’pouvais j’inventerais une machine à remonter le temps pour sécher ses larmes une à une, j’embaucherais Bob l’Eponge pour toutes les éponger, et je me ferais sorcière pour qu’elle ne pleure plus jamais. Son sourire c’est déjà de la magie de toute façon.
Petites, déjà, c’était comme ça. Moi j’étais la blonde un peu brouillonne, celle qui joue dans la terre et qui chasse les escargots les jours de pluie. J’étais celle qui parle trop fort, qui mange avec les doigts, celle qui perd ses affaires. Mathilde elle était brune, soignée avec son joli carré, elle était appliquée et sage, elle ne criait pas. Elle avait les meilleures qualités et les plus jolis défauts. Déjà à l’époque je l’admirais, sans vouloir l’avouer.
Aujourd’hui encore, je suis celle qui fait les erreurs ; mais si ça peut l’empêcher de les faire à son tour ça me convient. Je suis celle qui se teint en blond platine sur un coup de tête, celle qui fume trop, qui sort trop. Elle n ‘a pas mon côté excessif, et sans la jalouser, je l’envie parfois. J’aimerais savoir vivre et me reposer en même temps, exister sans m’époumoner perpétuellement. Un peu de calme et beaucoup de vie à la fois, comme elle.
Je cours dans ses bras, elle remarque ma nouvelle couleur de cheveux en esquissant un sincère « ça te va très bien », me prend par la main, et on se dirige vers le tram, c’est parti pour quelques jours inoubliables, au plus profond de nos souvenirs communs ; notre enfance qui traine encore sous ma peau va revivre le temps d’une semaine.
14 février 2009
Sonate au Clair de Lune.
Voilà, ça s’est finit comme ça. Moonlight Sonata en fond, quelques mots bidons, « bonne fin de journée tout ça, bsx – merci, toi aussi. bisous ». Quelques mots, les derniers avant un immense gouffre silencieux.
C’était peut-être un peu trop mélo, cette sonate qui pulvérisait mes membres (aucun rapport avec la situation précise, mais quand même) comme quand on vit quelque chose de trop puissant pour son propre corps ; la musique c’est un deuil et une renaissance à chaque fois, à chaque note.
Il y a avait des mots, peut-être en trop, sûrement trop forts, mais c’était mélo. Alors on s’est dit comme un adieu, et j’ai l’horrible pressentiment qu’on s’y tiendra. C’était trop prétentieux d’avoir voulu croire à une simple amitié, relation platonique s’il en faut, alors qu’évidemment l’une comme l’autre avions sous-estimé la force de notre passé commun et la puissance de nos souvenirs.
C’est un peu bête tu sais, parce que moi, je t’aime bien, et que je suis sûre qu’on aurait fait de bonnes amies, qu’on aurait su morceler notre amour et l’éparpiller en une relation qui satisfasse tout le monde. On aurait pu, avec un peu de volonté, maîtriser nos sentiments et vivre une amitié assez forte pour être la hauteur, pas trop non plus pour ne plus se bouffer. C'est ce à quoi je voulais croire.
Tout ça à cause de quelques mots de bourrée, j’ai conscience qu’ils ne voulaient pas dire grand chose ; je ne pouvais simplement pas le garder pour moi. Tu joues trop facilement, je voulais être sûre que tes paroles avaient dépassé ta pensée. Tu n’en pensais pas un traitre mot, je le sais, mais le problème est bien là ; comment aurait-on pu faire de bonnes amies, toi trop impulsive et moi honnête à l’excès ?
Quand j’ai veillé sur toi hier soir, que je me suis couchée au bord de ton lit sans même te toucher, juste pour surveiller que tu t’endormes bien, je l’ai senti, que c’était un mauvais coup de bluff, cette idée : on n’y arriverait pas, malgré toute la volonté du monde.
C’est bien mieux que tu ne te rappelles de rien, crois moi ces quelques phrases m’ont fait mal au cœur ; j’étais si sûre qu’on pouvait réussir.
07 février 2009
Tu commences à comprendre, que tout n'est pas à vendre.
Toutes les trois entassées dans la bagnole de Laura, on trace sur les petites routes de notre campagne. Au milieu de la forêt, le ciel s'assombrit, on discute de politique et de musique. On monte le son, on se taquine, on sourit. On essaie de faire abstraction du petit cadavre qui se fige un peu plus dans le coffre de la 205. On a décidé de l'enterrer dans les bois, à Rambouillet. C'est là qu'il faut le faire, paraît-il. Un peu à l'abris de l'agitation, écarté de la route, rien ni personne ne pourra le découvrir ou le déterrer. Il sera en paix là-bas, c'est sûr.
On n'a pas l'air cons avec nos pelles sur l'épaule. On trouve, un peu isolé, un bel arbre sur lequel je vais m'acharner à graver quelques lettres avec un cutter, pendant que les filles creusent. On pensait pas que c'était aussi chiant, d'enterrer quelque chose. La terre est gelée, pleine de racines et de cailloux. On lutte une bonne heure dans le froid, et quand on estime le trou assez profond, on dépose le cadavre dans le fond, y jette quelques feuilles de chêne (quelle idée de crever l'hiver, y'a pas de fleur dans les bois en février), on fait 10 secondes de silence (une minute c'est trop long), avec les Pow wow en fond, et on recouvre son petit corps bouffé par la maladie de terre et de feuilles.
Voilà. Laura s'acharne : il faut mettre plus de feuilles, les sangliers risque de le déterrer. Mais il faut partir, il est tard, et la voiture risque de ne plus démarrer. Alors on s'arrache, on a pas trop de mal à retrouver le chemin de la route, on se pousse, on tombe, bataille de feuilles, on se marre bien.
PCT est mort dans la chaleur et dans l'amour, PCT a eu une sépulture décente au lieu de crever sous un buisson comme sa vie l'y avait destiné.
Effectivement, nous ne sommes pas des psychopathes; pct est un chat des rues; le plus moche du quartier sûrement, qu'on avait recueilli. C'est vrai qu'il avait une sale gueule, avec ses yeux si tristes, toujours crade et puant, mais on n'a pas pu s'en empêcher, il était si attendrissant.
C'est donc une ambiance bizarre qui règne dans la voiture au retour. On a enterré un chat, rien de plus normal. La cérémonie qui allait avec était bidon c'est vrai, c'était plus pour le délire qu'autre chose, mais on a enterré un chat. Avec l'agitation, on n'a pas eu l'occasion de se rendre compte, on a creusé, on a rit, on a entouré un truc horrible en soit de pleins de choses marrantes. Mais une fois dans la bagnole, l'agitation s'estompe, et il ne reste plus qu'à se taire et à laisser l'ambiance retomber et retrouver son calme. Alors on écoute La Rue Kétanou sur la route de la gare, mais le coeur n'y est pas, et le poids des pelles sur mes genoux me brise les os.
06 février 2009
Balaclava.
J'ai appris la méfiance à coup de baffes dans la gueule.
J'étais naïve et si sûre de moi à la fois, la vie m'a planté un couteau dans le dos et j'ai compris; j'étais moins naïve, mais tout aussi sûre. Tout aussi conne.
C'est assez fou cette conscience de moi que j'ai; je ne me connais certes pas parfaitement, je ne sais pas totalement qui je suis, ou qui je serai. Mais les parcelles de moi que je connais, je les connais dans les moindres détails. J'ai conscience des erreurs que je fais, parfois même au moment où je les fais, et j'ai, je crois, conscience de mes petites victoires sur la vie.
Je n'ai pas eu la chance de faire un beau départ, j'ai commencé par haïr les autres avant de les connaître; un pressentiment sur la race humaine je crois. J'ai vécu des années dans le traumatisme refoulé et dans la vengeance; je n'avais pas encore compris que, froid, ça n'a plus aucun goût.
Et même si tous les vendredis je lâche un beau "fuck" en pensant à mon rendez vous psychologique au CMP, même si je passe souvent cet après midi de fin de semaine à fumer un peu trop jusqu'à avoir le cerveau en bouillie, j'arrive à être fière des progrès que j'ai fait, des efforts, de tout ce que j'ai pris sur moi pour ne pas trop reculer. Mais je sais que c'est malpoli, et que je lui dois beaucoup à cette petite bonne femme qui me fait faire des arbres généalogiques pour découvrir les prémices de ce mal; je ne sais pas à quoi servent ces arbres, et moi dans les papillons, je ne vois que des papillons.
Je ne sais pas ce que ça m'a apporté de passer par des chemins de traverses au moment où rien ne compte plus que d'être dans la norme, je crois que même si à l'heure actuelle on dirait que je suis arrivée avant tout le monde, l'horizon s'éloigne un peu chaque jour, et si j'ai appris certaines choses, ceux qui ont été conventionnels savent ce que je ne sais pas encore. C'est une question de répartition, ça s'équilibre par la suite; j'espère. Je me demande parfois si dans la situation actuelle je suis avantagée de connaître tout ça, ou si mon manque d'expériences concernant les rapports humains me fait défaut.
On verra, bon ou mauvais jeu, le tout est de savoir bluffer.
31 janvier 2009
C'est si facile d'être aveuglé.
Parce que je crois que toute ma vie cette rancoeur m'empoisonnera.
C'est vrai, quand je vous dis que j'essaye de toutes mes forces de ne plus vous en vouloir. Mais parfois cela ne suffit pas.
Je me souviendrais toujours de ce soir de février, enfermée depuis des mois au fond de ma dépression, je n'avais pas reçu un seul appel. Vous avez forcé ma mère à vous laisser me voir, j'ai esquissé un putain de sourire tellement faux et je vous ai affronté. J'ai répondu que j'allais bien, que j'étais juste un peu fatiguée ces temps ci. Mais j'étais tellement maigre les filles, si maigre que vous auriez dû voir que c'était du blabla, que j'avais juste honte. Et mes yeux, ils étaient si tristes, vous auriez dû insister, vous auriez du me sortir de là et prévoir que si vous ne faisiez rien, j'allais finir comme j'ai fini, enfermée entre quatre murs vert bouteille.
Je me demande si j'ai raison de penser que vous auriez dû lire dans l'avenir, comprendre que votre manque d'implication et d'intérêt finirait par me bouffer. J'en attendais peut-être trop.
C'était même pas grave au début, finalement. Juste une putain de grosse flemme, une incompréhension totale face aux jours qui s'égrainent et l'envie de ne plus faire fonctionner aucun de mes muscles, pour qu'un jour enfin, peut-être, les uns après les autres, ils finissent par se figer.
Et vous n'avez pas compris. Et aujourd'hui quand tu pleures sur mon épaule, me reprochant ce poids de la culpabilité que je t'oblige à porter, ça me débecte autant que ça me fait pitié. Tu n'as pas idée de ce que ton indifférence m'a fait vivre, survivre; tu n'as pas conscience, je crois, de ce que c'est, de ne même pas vouloir mourir parce que c'est de toute façon trop fatiguant. Être perchée entre deux mondes, parce que la lassitude est devenue telle qu'on n'a même plus la force de choisir.
Alors je fais tout ce que je peux, je voudrais que tu aies conscience que c'est pas une légende, l'effet papillon, qu'un rien peut entraîner un grand n'importe quoi; le battement d'ailes c'était ton apathie, la tornade elle était dans mon ventre. J'aurais voulu partir loin, je n'ai même plus les capacités cérébrales nécessaires à vous en vouloir; c'est pas une question de rancune, j'ai juste autre chose à foutre.
Vous ne voulez pas comprendre que vous avez joué un rôle primordial dans ma chute, je ne veux même pas vous le dire : j'ai putain de honte de ces quelques mots. C'est trop dur de mettre ce poids sur vous épaules, c'est vrai, mais vous n'êtes pas si faibles que vous en avez l'air. Vous avez réussi à ignorer ma main tendue, vous saurez très bien faire semblant de croire que la situation était d'une légèreté déconcertante.
Et je t'en remercie, ne dis plus jamais que tu es sincèrement désolée; tu ne connais pas le sens de ces deux mots, encore moins quand ils sont réunis. Mais ne me demande pas de te rendre un quelconque honneur pour ce renouveau; tu n'y es pour rien.
16 janvier 2009
Petit rien du tout mais Tant pour moi.
J'ai besoin d'étendues blanches et glacées.
De soleil au loin, de m'inventer un avenir.
C'est pas utile de chercher à toucher du doigt mon bonheur, si je l'imagine assez fort il finit par être réel, assez du moins pour me convenir. Y'a tant de choses que je ne suis pas; tant de facettes que j'aimerais avoir. Tant de phrases que je ne dirai jamais. Tant de choses à apprendre, que je ne connaîtrai pas. Je cherche des morceaux d'hier. J'ai su il y a quelques jours qu'il s'était souvenu de sa promesse, qu'il avait voulu m'offrir le voyage, seulement avec lui, jusque si loin. Cette promesse qui m'a maintenu en vie toute mon enfance, à laquelle je me suis accrochée d'une manière excessive et ridicule certainement mais indispensable à ma survie : il m'avait promis un avenir, je devais tenir jusque là pour être sûre qu'il tiendrait parole, je devais vivre pendant encore quelques années, c'était sûr, j'atteindrais mes dix-huit ans, au moins pour ça. Une promesse que je pensais en l'air de sa part ; il avait dit ça pour me faire plaisir, sûrement, pour que j'arrête de l'ennuyer. Il l'avait oublié, c'était sûr, et je n'avais jamais osé lui rappeler, mais j'étais sûre, j'aurais donné ma vie pour cette certitude, je savais qu'à mes dix-huit ans, âge fatidique, il allait me tendre deux billets d'avion pour nourrir les étoiles dans mes yeux qui s'affaiblissaient à l'approche de la date limite de sa promesse. Ca n'a pas été le cas; il avait oublié, ça n'avait pas tant d'importance. Pour lui, peut-être, mais pour moi, c'était toute mon enfance qu'on trahissait.
Et j'ai su, il y a quelques jours à peine, qu'il le savait, et qu'il avait été abattu de ne pas pouvoir m'offrir le symbole de mon enfance complice à ses côtés. Il ne l'a pas dit, bien sûr, je le connais si bien. Il s'est contenté de mes sourires déçus, coupables de l'être, mais tellement déçus.
Il a trouvé une nouvelle promesse, une nouvelle date, et j'attendrai jusque là. J'attendrais pour être sûre que mon père est un homme de parole, avec ses faiblesses, mais pour être sûre qu'il n'oublie jamais aucun des mots qu'il me donne, aucune promesse d'avenir qu'il me fait.
C'est un moyen comme un autre de vivre sans étouffer. Sans s'étouffer avec sa propre langue.
31 décembre 2008
Et nous les premiers étonnés de récolter ce que l'on s'aime.
J'ai reçu pour noël, emballée dans un petit paquet rose, une bague sur laquelle tu avais fait graver, en plus de nos initiales et de la date de notre première rencontre, le mot (toujours).
J'ai mis du temps à me souvenir, lire ce simple mot m'a troublé c'est vrai, mais j'ai pris quelques minutes avant de me rappeler que cet adverbe faisait, effectivement, partie intégrante de notre vocabulaire; on mangerait toujours des crêpes le matin, on irait toujours dans ce petit parc pour fumer une cigarette entre vingt-et-une et vingt deux heures. On s'aimerait toujours.
Et je crois que, oui, je t'aimerai toujours.
Pas de la bonne manière, c'est certain, mais je garderai toujours une place pour toi, et pour ces presque deux ans passés à tes côtés. Je crois que je t'aime comme on aime un ami. J'ai toujours su placer les mots fusion, soutien et amour, quand je parlais de toi. J'imagine que ce n'est pas incompatible.
Comme un grand frère, aussi, peut-être.
Je ne sais pas comment je t'aime, je sais juste que ça ne te conviendra jamais.
Je t'assure que j'ai fait tout mon possible, vraiment, pour apprendre à modifier mes sentiments. Pour transformer cette affection en véritable amour, pour oublier que tu es le plus important, celui qui m'a appris, celui qui a réussi à me faire oublier, celui qui a su me soutenir, me porter même, quand mes jambes ne tenaient plus. Je ne pourrais jamais faire abstraction de tout ce que tu as symbolisé pour moi, j'aurais voulu, tu sais, savoir t'aimer simplement, comme on aime un amant, un amoureux. Mais je t'aime comme un sauveur. Je n'ai pas peur de te perdre, je n'ai pas peur que tu ne m'aimes plus, je n'ai pas peur que tu m'abandonnes, et la réponse est peut-être là : je ne peux pas aimer vraiment si je n'ai plus aucune crainte.
C'est compliqué, dans ma tête, crois moi, je ne sais pas si je dois porter fièrement cette bague en me souvenant qu'on avait promis de s'aimer toujours, ou si je dois la jeter à la Seine pour laisser notre amour s'étendre dans tout Paris, et ailleurs aussi.
Je sais pas si un jour je pourrais ignorer tes appels en me forcant à croire que c'est la seule manière de te rendre heureux, je ne sais pas si je pourrais oublier tes pas feutrés le matin sur ta moquette bleue moche, tes bisous dans mon cou et tes envies d'éternité.
C'était notre manière à nous d'y croire, ces toujours, c'était notre foi en la vie, c'était l'envie d'y rester toujours, enlacés sur cette moquette bleue moche.
23 décembre 2008
C'est la vie qui nous a rendu sourds.
« Je vous déteste ! Je vous déteste
tous ! »
Elle criait si fort que les murs en tremblaient presque, elle criait si fort
que mes tympans vibraient sous le poids de ses mots.
« Je vous hais pour ce que vous êtes et pour ce que vous ne faîtes jamais. »
Elle me dira plus tard que c’est à cause de la vie, la vie qui va trop vite
pour nous et qui la secoue, qui secoue son petit squelette à un rythme qui
n’est pas le notre. Et elle ne sait pas quoi faire, elle ne sait pas si elle
doit nous dépasser et trouver le sien, ou si elle doit ralentir pour nous
attendre. Elle hésite à foncer tête baissée et finalement sa cadence est trop
peu régulière pour être heureuse.
Elle se plaint toujours, cette fille qui nous déteste. Elle se plaint parce
qu’elle n’a pas le temps, elle se plaint de nos silences inavoués, elle se
plaint aussi parce qu’elle a mal à la tête, ou au dos, ou bien parce qu’il l’agace,
cet ordinateur stupide, à ne pas aller assez vite, ou encore elle se plaint
parce que ses chaussures lui font des ampoules, et que son sèche cheveux ne
marche plus.
Mais elle ne se plaint pas, ma fille, de tous ces maux que la vie lui a donné,
de toutes ces souffrances intérieures qu’on devine parfois quand elle baisse la
garde sans vraiment s’en rendre compte. Elle le camoufle comme elle peut, mais
elle ne se plaint jamais, ma fille.
On s’est peut-être trop peu inquiété, de ces douleurs là, et on n’a pas sur
calmer ses chagrins. Aujourd’hui quand elle nous dit qu’elle nous déteste
presque autant qu’elle se déteste elle, on
ne comprend rien. C’est la vie qui nous a rendu sourds.
Elle ne cherchera pas nos bras pour pleurer, ce soir là. Elle ira dans un coin
de la pièce, le plus éloigné de nous, pour mettre sa tête sur ses genoux et sangloter
comme on dit des prières.
Et moi je prie aussi, pour ma petite fille, ma si jolie petite fille aux
cheveux blonds qui voudrait mourir alors qu’elle n’a même pas dix-sept ans.
18 décembre 2008
Naive.
J'en ai marre.
De tout.
En ce moment c'est juste un ras-le-bol général. Je suis fatiguée de rester cloitrée chez moi, d'avoir peur à chaque coup de vent. Fatiguée que mes samedis soirs ne soient plus aussi exceptionnels qu'avant, fatiguée de ne plus savoir me contenter de si peu.
J'perds le nord, j'ai l'impression de ne plus être assez sûre, j'ai besoin de plus. Je le sais que j'ai pas de chance, je m'y suis habituée faut dire, mais voilà, je préfère les extrêmes à la stabilité.
Et depuis quelques mois je suis juste normale, le ciel gris n'a plus la même saveur, ses baisers non plus.
Il me manque.
Je sais bien que je ne devrais pas, qu'il faut que je résiste à ma solitude puisque je ne sais pas l'aimer correctement; mais je ne suis pas une fille qui aime. Je griffone quelques mots sur une page blanche, ils n'ont plus la même folie, tout est horriblement banal, les jours passent et mon père me dit que c'est ainsi, que la vie emporte les joies petit à petit, les remplace avec des idéaux déchus, comble le manque comme elle peut, les erreurs se font banales elles aussi, les espoirs n'existent plus. Tout rentre dans la norme, tant bien que mal. Il faut vivre avec. Pour exister il faut savoir se coller tout près de la marge, sans jamais trébucher.
Mais moi je ne sais pas, moi je suis une gamine, et je cours dans la nuit noire à quatre heures du matin parce que je suis comme ça, et parce que je n'accepte pas de ne plus l'être un jour.
J'ose pas. De nouvelles barrières sont arrivées, et même si je dors tout le jour, les étoiles au plafond ne sont plus assez lumineuses pour me contenter.
Alors j'espère que vous serez assez forts pour m'apprendre la réalité, pour m'empêcher de tomber de trop haut, pour l'instant je grimpe juste, je ne sais pas quand se fera la chute, je ne l'attends même pas; je crois que j'ai éteins tous mes sens.
C'est si joli un hiver, les pavés glacés résonnent au plus profond de moi, j'aimerais que la vie ce soit juste ça; le temps figé par zéro, la fumée qu'on recrache et mes mitaines qui me gèlent le bout des ongles.
Le diable au coeur.

